EN OHIO, LE NOMBRE DE ROBOTS FAIT VARIER LE VOTE

À Toledo, plus de robots = plus de votes pour Trump. 

En 2010, il y avait 702 robots dans l’aire urbaine de Toledo. Cela représentait 9 machines pour 1000 travailleurs. En 2015, ce nombre avait grimpé à 2 374 robots, ce qui en faisait déjà la ville la plus équipée des Etats-Unis.

Trois conséquences immédiates : 

#1 La ville de Toledo enregistre une santé économique bondissante.

#2 Entre 1967 et 2014, 761 000 emplois ont été remplacés par des processus automatiques. 

#3 Les habitants de Toledo expriment une peur grandissante vis-à-vis de l'automatisation. 

Résultat : selon trois chercheurs de l'université d’Oxford, le taux de robotisation a encouragé cette population à voter bien plus massivement pour Donald Trump qu’elle ne l’aurait fait autrement.

POURQUOI C'EST IMPORTANT : 
Parce que cela met le doigt sur les implications sociales et politiques de la robotisation sur nos sociétés. Et sur la nécessité qu'ont acteurs privés, publiques et citoyens d'inventer de nos nouveaux modèles. 

 

LA TENDANCE INATTENDUE
Dans l’Ohio, dans les 15 dernières années, on a voté Obama. Deux fois. Mais en 2016, la tendance s’est inversée. La différence entre le nombre de voix républicaines et démocrates a été bien moindre pour Clinton que les 2 contre 1 accordés à Obama auparavant.

On vous passe les détails du système électoral américain, mais le résultat est simple : cette inversion de tendance a fait pencher un nombre supérieur de grands électeurs en faveur de Trump. 

   Évolution   de la part du vote républicain en fonction de l'exposition aux robots. 

Évolution de la part du vote républicain en fonction de l'exposition aux robots. 

En fait, selon les chercheurs, « le Wisconsin, le Michigan et la Pennsylvanie auraient élu Hillary Clinton si la pénétration robotique avait été 2% moins élevée. » Mais les bons résultats économiques ne les ont pas suffisamment rassurés pour qu'ils votent à nouveau pour les démocrates. 
 


HELLO, VIE RÉELLE
Pour le moment, chaque fois que l’on parle impact de la robotisation sur la société, on l’évoque du point de vue de l’emploi : les robots en détruiront, peut-être 14 % dans les pays de l'OCDE, ou peut-être qu’en fait, non

Projection de l'évolution de l'emploi par secteur

Mais ce qui est encore plus complexe à envisager que ces chiffres, c’est l’effet de ces disparitions d’emplois dans la vie des populations. 

  • Le chômage : Si l’on prend le cas de l’Ohio, Etat dans lequel se trouve Toledo, c’est l’industrie qui est la plus touchée, mais globalement, le tertiaire n'est pas en reste
     
  • La précarisation : contre le chômage, devenez chauffeur Uber ? Certains analystes y voient la naissance d’un nouveau prolétariat : aux quelques détenteurs d’actifs technologiques, l’aisance. Mais c'est surtout le signe qu'un nouveau modèle est à inventer. Fin mai, Uber a d'ailleurs annoncé une extension de la couverture sociale pour les chauffeurs et les coursiers.
     
  • La disparition d’une tradition : proposer un revenu universel pour lutter contre ces mouvements, pourquoi pas. Mais ça ne remplace pas les générations qui se sont succédées dans les usines Jeep à Toledo, par exemple, et y ont échangé leur savoir-faire : cette industrie, c’était une affaire de familles. 

C’est en menaçant ce dernier aspect, le côté social du travail, que la robotisation a poussé nombre d’habitants de la région à voter Trump. Le programme républicain leur a semblé le meilleur pour préserver une forme d’héritage, mais aussi une vie de communauté qui s’organisait autour des bassins d’emploi. 

 

DU PAIN SUR LA PLANCHE
Rien de neuf sous le soleil, on va avoir besoin de formation : tout au long de la vie, comme le préconise le cabinet McKinsey, mais aussi à de nouveaux métiers, ou simplement aux révolutions en cours (partagez Planet 😉 ).

Il va aussi y avoir besoin de réflexion à de nouveaux modèles : c’est tout le propos de la note « Réinventer le travail sans l’emploi » de l’essayiste Ariel Kyrou. C’est aussi ce qu’il se passe du côté de la Plaine Commune, en Seine Saint-Denis.

À l’opposé absolu de l’arc des innovations possibles, évoquons aussi NEOM, en Arabie Saoudite. On y prévoit une ville entièrement automatisée… et une réflexion sur la situation sociale : en présentant ce projet fou, le prince héritier Mohammed Ben Salman avait aussi prôné un retour à un « islam modéré et ouvert » et dessiné une société où hommes et femmes étaient mélangés, à rebours de ce qui se fait actuellement dans son pays.

Bref, pour bien saisir les effets de la robotisation jusque dans la politique, il va falloir étudier son impact sur l’emploi, mais aussi sur l’évolution du tissu social et sur la façon dont elle modifie nos moeurs. Il n'y a plus qu'à. 

 


On ne meurt plus d'amour - Robi (2012)