ALPHABET ET BILL GATES PLANCHENT SUR LE STOCKAGE D'ÉNERGIE AU SEL

Projet : stocker l'énergie électrique dans des réservoirs de sel géants. Nom de code : Malta.

Tout a commencé à l'été 2017. Bloomberg révèle alors le nouveau projet de la division secrète d'Alphabet, Google X, à qui l'on doit déjà les voitures autonome et les Google Glass. Cette fois, il s'agit d'éviter le gaspillage en stockant l'énergie électrique de sources renouvelables dans... de gigantesques réserves de sel fondu. 

À la tête de ce nouveau projet nommé Malta ? Robert Laughlin, prix Nobel de physique. Ce professeur de Stanford a laissé entrevoir que le projet pourrait bientôt voir le jour. Il a aussi laissé entendre que Malta implique le méga-fonds d'$1 milliard dédié à l'énergie de Bill Gates, le Breakthrough Energy Ventures (BEV). 

À cela s'ajoute un nouveau brevet déposé par Google X en avril, clé pour le développement d'un tel projet.

POURQUOI C'EST IMPORTANT : 
Parce que les pertes d'énergie produite par des sources renouvelables sont considérables. Et que ce projet met en lumière les efforts considérables nécessaires en matière de stockage d'énergiepour créer un système durable. 

 

LE (GROS) PROBLÈME DES ÉNERGIES RENOUVELABLES
Une bonne nouvelle pour commencer : le coût des énergies renouvelables ne cesse de baisser, au-delà même des prévisions stables d'il y a quelques années. Depuis 2010, le coût de l'énergie éolienne a baissé de 23%, et celui de l'énergie photovoltaïque de 75%. 

En cause, notamment, une amélioration considérable des technologies qui les produisent. Elles pourraient même finir par les rendre plus intéressantes que les énergies fossiles : 

Evolution de la hauteur des éoliennes

Résultat : selon Bloomberg, parmi les $10,4 billions qui doivent être investis dans les sources d'énergie en 2040, 86% le seront dans les énergies renouvelables. 

Mais il reste un problème de taille : les deux sources principales de ces énergies, le soleil et le vent, ne sont pas continues. Elles ne sont donc pas des systèmes de distribution fiables. 

Pour le moment, plus d'énergie que ce dont le réseau a besoin est produit, le surplus est gâché. Mais dans les périodes de grande demande, l'énergie fossile doit venir à la rescousse de la renouvelables. Or ces centrales de secours produisent du CO2 en très grande quantité.

 

STOCKAGE D'ÉNERGIE = REMPLAÇANT PEAKER PLANTS
L'idée est simple : pour que l'énergie produite par des sources renouvelables puisse être utilisée de manière flexible et au bon moment, il faut la stocker de manière efficace. 

Aujourd'hui, deux méthodes de stockage sont très répandues : 

  • Le pompage-turbinage : méthode la plus répandue, elle est apparue fin 19ème. Le pompage de l'eau stocke l'énergie lorsque la demande est faible, et la fait turbiner plus tard lorsque la demande est forte. Problème : c'est contraignant géographiquement, car cela demande de construire deux réservoirs à des altitudes différentes. 
     
  • Les batteries à lithium-ions : technologie très prometteuse (comme cette super-batterie de Tesla en Australie) mais encore trop chère et à la durée de stockage limitée. 

La solution de Malta : convertir l'énergie éolienne et solaire en énergie thermique. La chaleur est stockée dans du sel fondu, et le froid dans un liquide. Lorsqu'elle devra être utilisée, une machine thermique reconvertira le chaud et le froid en électricité. Cette méthode devrait rivaliser avec les coûts du pompage-turbinage et conserver l'énergie plus longtemps que les batteries. 

   Le stockage grâce au sel du projet Malta

Le stockage grâce au sel du projet Malta

TOUT LE MONDE S'Y MET
Le stockage d'énergie est d'ailleurs l'une de des 5 priorités du Breakthrough Energy Ventures de Bill Gates, d'où le rapprochement éventuel avec le projet d'Alphabet. Depuis ses débuts, le fonds a misé en priorité sur des startups spécialisées dans le stockage. Là aussi, il s'agit de faire du stockage d'énergies renouvelables une source fiable et utilisable à n'importe quel moment : 

  • Form Energy croit dans le soufre : le BEV de Bill Gates y a investi $9 millions. La startup développe des batteries au soufre, bien mois chères que les batteries à lithium-ion et qui peuvent stocker l'énergie pendant bien plus longtemps pour un coût 10 fois inférieur. 
     
  • Quidnet réinvente le pompage-turbinage : au lieu de construire d'énormes réservoirs d'eau, l'entreprise utilise des puits creusés non utilisés (par exemple pour le forage pétrolier) pour contenir l'eau. 

Le rapprochement entre Alphabet et le Breakthrough Energy Funds n'est pas encore annoncé. Mais ce qui est sûr, c'est que ces technologies sont de sérieuses pistes pour réduire les émissions de CO2. Le fonds espère les réduire de 500 millions de tonnes d'ici 20 ans avec ces investissements. Pas invraisemblable quand on voit que les prévisions des scientifiques des 30 dernières années se sont avérées justes.  

 


Understanding - Christy Essien (1979)