ANALYSE : BIENVENUE DANS L'ÈRE DES TRANSPORTS FLOTTANTS

Comme les VTC il y a quelques années, les levées de fonds présagent une course effrénée entre les concurrents. 

Depuis le 22 juin, les parisiens peuvent désormais se déplacer en trottinette électrique (ou e-scooter) réservables via une application mobile. La startup américaine Lime a décidé de prendre ses quartiers dans la capitale après une expansion ultra-rapide aux US. 

Et depuis quelques semaines, les levées de fonds dans le secteur se multiplient, comme pour signaler le début de la course : 

  • $300 millions pour Lime : la startup a bouclé son tour de table il y a quelques jours et Alphabet fait d'ailleurs partie du deal, selon le Financial Times
     
  • $300 millions pour Bird : c’est le principal concurrent de Lime aux US. La startup californienne a bouclé son tour de table jeudi dernier, y incluant notamment le fonds Sequoia Capital. 

HIGHLIGHT #1
L'essor de ces nouveaux moyens de transports rappellent la frénésie des VTC. Cela traduit des changements profonds de la mobilité urbaine, en mutation depuis quelques années déjà : 

# La démocratisation des smartphones et de la géolocalisation a permis l'essor de nouveaux services de mobilité, les premiers d'entre eux étant les services de VTC. Créé en 2008, Uber opère maintenant dans plus de 600 villes. Plus globalement, l’utilisation des services de voitures avec chauffeurs est en constante augmentation dans le monde. 

# À tel point que cela a déjà fait baisser la possession de véhicules personnels et de l’usage des transports publics. Si l’on se projette vers le développement des voitures autonomes, la réduction de la masse salariale des entreprises VTC à long terme permettra un effondrement des prix. Ce qui, mécaniquement, rendra les services concernés encore plus attractifs. Et puis, pourquoi posséder une voiture dont on se sert 2% du temps ? 

HIGHLIGHT #2
Pour répondre aux exigences des villes et des trajets quotidiens, des services plus flexibles ont fait leur apparition. On entre alors dans un “âge du transport flottant" : 

 

# Les VTC restent encore trop chers et ne correspondent pas aux usages de beaucoup, notamment si l'on pense aux migrations pendulaires. Par ailleurs, à Paris, la baisse du nombre de chauffeurs a récemment fait augmenter les prix. L'entreprise invoque la loi Grandguillaume pour la réduction du nombre de ses chauffeurs. 

# Les vélos et trottinettes électriques semblent répondre parfaitement à un usage quotidien. Ils sont facilement utilisables, abordables, et disponibles partout via smartphone. Et La croissance des startups qui les développent est hallucinante : le chinois Ofo vient de lever $866 millions avec Alibaba pour ses vélos. Avec son concurrent Mobile, ils opèrent déjà dans 250 villes dans 21 pays.

Les entreprises de VTC investissent à leur tour dans ces services : Uber a racheté en avril l’entreprise de partage de vélos JUMP. Son concurrent Lyft devrait bientôt lancer son service de e-scooter à San Francisco. Les trottinettes pourraient d’ailleurs être la prochaine batailleentre les deux géants. 

HIGHLIGHT #3
Malgré leurs similitudes, les VTC et ces nouveaux transports flottants ont plusieurs différences. On en a compté trois : 
 

# Le business model : les entreprises de VTC prennent une commission sur les trajets, ne "possèdent" pas de voitures (pas encore 😊) et payent des chauffeurs. Les entreprises de e-scooters fonctionnent par frais de location, possèdent leur flotte et payent une main d'oeuvre de maintenance.  

#  Le marché du travail : les start-ups de e-scooter ne gèrent pas de chauffeurs. Ils font appel à une armée de freelancers pour la maintenance (charge, réparation...). Cela permet de soutenir leur croissance. Des étudiants, lycéens ou jeunes professionnels y ont trouvé un moyen facilede gagner de l'argent. 

Les alliances : pour leurs futures flottes de voitures autonomes, les géants des VTC multiplient les partenariats avec les constructeurs automobiles. De leur côté, les e-scooters font revivre des entreprises comme Segway ! 

BOTTOM LINE
L'essor de ces nouveaux moyens de transports rappellent que la question à laquelle les services de mobilité doivent alors répondre n'est plus “quand ?” (quand arrive le bus ou mon chauffeur) mais “où ?” (où est le scooter/vélo le plus proche). Cela demande quelques ajustements : 

La prise en compte de la multimodalité. Pour offrir une meilleure qualité de services, nombreuses sont les applications de mobilité comme CityMapper qui misent sur la coordination des différents modes de transport pour optimiser les trajets et garantir une expérience utilisateur irréprochable. 

Les législations des villes doivent évidemment s'adapter. À San Francisco, les opérateurs de e-scooters ont du retirer leurs véhicules des rues en attendant qu'ils obitennent un permis. Il y a quelques jours, les entreprises de vélos et trottinettes ont signé une "charte de bonne conduite" avec la ville de Paris.  

POINT FINAL
Ces nouveaux services de mobilité flottante vont-ils connaître la même trajectoire de développement que les VTC ? Au niveau de la croissance et du besoin en cash, cela en prend le chemin. Au niveau des revendications des indépendants, cela pourrait ne pas tarder. 


 

Kare Nanhasi - Hallelujah Chicken Run Band (2006)