LE GROUPE ADP MISE SUR L'AÉROPORT INTELLIGENT

Objectif : faire voyager 6 milliards de personnes dans le monde en 2030. 

Connect 2020, c’est le nom du plan stratégique présenté il y a trois ans par le PDG du Groupe Aéroports De Paris. Le but : « devenir leader de la conception et de l’exploitation des aéroports ». Pour y parvenir, la société a lancé en mars dernier un plan d'innovation en trois axes : 

#1 La ville aéroportuaire : les véhicules autonomes doivent améliorer le lien entre la ville et les aéroports, mais aussi les mouvements qui ont lieu sur place. 

#2 Personnalisation de la relation client : un défi quand on sait que plus de 100 millions de passagers sont passés par Roissy et Orly en 2016. 

#3 L’internationalisation : le groupe propose à plusieurs des start-ups avec lesquelles il travaille de profiter de son réseau international. Il est actionnaire de 26 aéroports dans le monde. 

C'est la plus grande refonte depuis sa naissance en 1945. Un an après l’annonce du plan, c'est l'heure du premier bilan

 

POURQUOI C'EST IMPORTANT : 
Parce que les aéroports représentent un enjeu de mobilité crucial dans les évolutions vers les smart city. Et que le Groupe ADP met l’accent sur la collaboration avec l’écosystème numérique français.
 

BASIC : LE MARCHÉ DES AÉROPORTS
Avant de commencer, rappelons deux grandes tendances macro liées à la mondialisation : 

#1 Des campagnes vers les villes : selon les prévisions de l'ONU, les villes accueilleront 70% de la population mondiale d'ici 2050, contre 53% aujourd'hui. C'est le principal enjeu que doit relever la smart city

#2 L'explosion du nombre de passagers : l'Organisation de l'Aviation Civile Internationale estime que le nombre de passagers aériens atteindra 6 milliards en 2030. Les principales raisons : le développement des pays émergents (et donc le développement du tourisme) ou encore l'émergence des compagnies low cost. 

Depuis les années 50, la tendance est donc nette : 

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Évidemment, les aéroports étant l'une des principales frontières de ces flux, ils doivent adapter leur stratégie. Ils peuvent évoluer sur trois fronts : 

  • L'augmentation de la capacité d'accueil : 3 villes se disputent en ce moment le rang du "plus grand aéroport au monde", à savoir Pékin, Istanbul et Dubaï. 
     
  • Des infrastructures plus efficaces : l’aéroport d’Heathrow à Londres, se concentre lui sur les innovations technologiques pour gagner en efficacité. 
     
  • Le développement durable : C'est pour le moment l’aéroport d’Oslo qui est connu pour être le plus vert


DEVENIR SMART : LE CHOIX D'ADP
Le groupe ADP a quant à lui choisi son camp, il se concentre sur le développement d’un aéroport intelligent. 

Un des enjeux de la smart city est d'allier technologies et gestion des données pour gagner en efficacité. Il en est de même pour ADP : améliorer le transit croissant des passagers, les services qui leur sont offerts, mais aussi développer son expertise numérique afin de la transposer à l’international. 

Les aéroports de Paris ont donc décidé de se concentrer sur trois axes :

  • La mobilité : Deux navettes autonomes et 100% électriques Navya tournent entre la gare de RER et le siège social du groupe, le temps d’une expérimentation qui dure d’avril à juillet. 
     
  • La personnalisation : un chabot déployé par la startup Destygo sera bientôt capable de répondre aux questions des voyageurs. La Poste, elle, travaille avec ADP pour acheminer les objets interdits à bord à destination. 
     
  • La sécurité : un dispositif anti-drones Hologarde est développé en partenariat avec Thalès et la DSNA d’une part. D’autre part, le groupe ADP souhaite utiliser l’IA pour mieux se servir de ses 13 000 caméras de sécurité. Et un dispositif de reconnaissance faciale Gemalto devrait permettre de réduire les files d’attentes aux frontières. 

 

ÉTERNEL DÉBAT : PRIVÉ VS PUBLIC
En France, nombreuses sont les villes qui mènent leurs propres expérimentations pour devenir intelligentes. Pourtant, une récente étude démontre que ces smart cities se développent en dehors de stratégies des pouvoirs publics, au gré des initiatives citoyennes. 

   Carte des Smart Cities en France ( © MDeleneuville - Carto )

Carte des Smart Cities en France (© MDeleneuville - Carto)

De par leur taille, les aéroports représentent des mini-villes. Il est donc possible d’y mener des expérimentations dignes d'inspirer les smart cities - le groupe ADP compte aussi réfléchir au commerce de demain -, et de les gérer d’un point de vue entrepreneurial. 

Mais avant d’en arriver à l’exploitation de l’aéroport intelligent en construction, le débat s’est ouvert sur une possible privatisation du groupe, géré pour le moment à 50,6% par la France. Deux types d'arguments s'opposent : 

Privé : on sait que Vinci et ses 12 aéroports se sont déjà mis sur les rangs- cela permettrait de créer un mastodonte des aéroports, mais éloignerait un gros potentiel innovant du giron de l’État. Et pourrait rapporter 7,5 milliards d'euros à l'État s'il cède ses actifs. 

Public : Déjà, il est clair les aéroports est un actif stratégique pour l'État (poids dans l'économie, gestion des flux, utilisation potentielle en cas de guerre...). Aussi, cela permettrait de transposer des innovations mises en place par le groupe dans la ville de demain.  

En tout cas, le débat bat son plein... affaire à suivre.