LA CHINE MET EN PLACE UN SYSTÈME DE CRÉDIT SOCIAL

BOOM. L’annonce de la Commission nationale chinoise du développement a retenti il y a pile une semaine : un Système de Cote Social (SCS) va être utilisé à partir du mois de mai.

Le but : Réguler l’accès aux transports, pour commencer . Un citoyen mal noté pourrait ainsi se voir interdire l’accès au train et à l’avion pendant une période allant jusqu’à un an.
 
Comment ça marche ? Vous avez traversé au feu rouge ou oublié de payer une contravention ? Un peu comme l'indice de désirabilité de Tinder, une note comprise entre 350 et 950 points établira votre crédit social en fonction de ces petites entorses. Pour l’améliorer, il peut “suffire” d’être diplômé ou de bien travailler, par exemple.
 
Qui note ? C’est un peu flou. On sait en tout cas que les 3 grands de la tech chinoise, Alibaba, Tencent et Baidu, ont maille à partir dans ce système : les notations s’effectueront notamment à partir de leurs milliards de données. 

Mettre un système de notation sociale en place, c’est assumer le passage à une économie du chiffre et du big data. Mais aussi risquer l’émergence d’un nouveau type de lutte des classes. 

LE PETIT COUP DE MAIN DES GÉANTS CHINOIS
De manière générale, les grandes entreprises technologiques chinoises et le gouvernement ne cachent pas leur relations étroites. Quelques simples faits le démontrent : 

  • La Chine leader de l'IA : l'Empire du Milieu ambitionne en 2022 de devenir un champion mondial dans le domaine. Le gouvernement a recruté Baidu, Alibaba et Tencent pour son "équipe nationale".
     
  • Des synergies politiques : en 2016, Jack Ma, le CEO d'Alibaba a appelé le gouvernement à utiliser sa masse de données pour identifier les criminels du pays et améliorer la sécurité générale. 

Dans notre cas, la collaboration va aussi s'effectuer au niveau de l'analyse des données. Les contours sont encours flous, mais les géants de la Tech ont déjà obtenu des licences délivrées par le gouvernement pour accéder aux données personnelles des internautes.

  Plus de données = plus de contrôle

Plus de données = plus de contrôle

UN INSTRUMENT POLITIQUE SANS PRÉCÉDENT
Considérons la société comme un mécanisme. Pour s’assurer qu'il fonctionne bien, il paraît logique de vérifier l’état de chacun de ses composants. Un tel système de crédit social, sur le papier, pourrait donc être extrêmement performant. 
 
Seulement, appliquez cette vision à une logique politique et vous obtenez une arme de surveillance en ligne redoutable. Un des moyens de gagner des points, dans le SCS, est ainsi de poster des articles pro-gouvernement sur les réseaux. On imagine que poster des articles contestataires ne peut que faire baisser le crédit social d’un individu.

Et quand on sait que l’un des résultats d’une mauvaise note est de se voir priver de train ou d’avion, on a tôt fait de trouver un intérêt détourné pour le pouvoir : celui d’empêcher de possibles dissidents de se réunir.

UNE NOUVELLE LUTTE DES CLASSES
En fait, c’est une nouvelle forme de prolétarisation qui se dessine. Au lieu d'être basée sur le capital économique ou culturel des classifications bourdieusiennes, elle s’appuiera sur le “capital likeable” : la capacité à se conformer à l'observation permanente des réseaux, de l'Etat, du voisin.

Bien sûr, cela peut être opportunité de réussite pour ceux qui n’avaient jusque là pas les moyens de grimper l’échelle sociale. Pour d’autres, déjà très habitués aux réseaux et dociles, cela ne changera pas grand chose. 

Ce que ça pourrait signifier : 

  • La neutralisation des aspérités et des différences : un peu comme ce qu’Internet s’est déjà mis à faire. Même à l’autre bout du monde, la popularisation d’AirBnb et de l'esthétique Instagram nous poussent à nous retrouver dans des endroits exactement similaires à ceux que nous connaissons.
     
  • L'exclusion des personnes à la marge : si elles obtiennent une trop mauvaise note, les citoyens pourraient, à terme, avoir un accès limité aux assurances, aux crédits bancaires…


Pour éviter de jouer à se faire peur inutilement, précisons tout de même qu'une forme d'auto-contrôle existe déjà, sur Internet comme dans la vie réelle.  Que la Chine le formalise terrifie, car cela ressemble beaucoup à une dystopie totalitaire. Mais si l'on compte le nombre d'applications qui traçent nos trajets ou encore l'état de notre santé, convenez qu'il ne paraît pas invraisemblable de s'en servir pour optimiser les ressources de l’État en fonction des besoins.

C'est à nous de nous dépêcher d'imaginer des modèles d'utilisation du big data garants de la démocratie. Et pour commencer dans cette voix là, on vous a trouvé 7 applications


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