LA CIA VEUT REMPLACER SES AGENTS SECRETS PAR L'INTELLIGENCE ARTIFICIELLE

Avec la surveillance de masse, même les espions sont traqués de toute part. 

Vous avez bien lu : lors du GEOINT Symposium, la semaine dernière en Floride, le directeur de la division technologique et scientifique de la CIA Dawn Meyerriecks a affirmé que le travail des espions allait être de plus en plus délégué à des intelligences artificielles. 

Un peu de contexte : 

  • Le GEOINT Symposium : une des grandes messes du renseignement américain, organisée par la United States Geospatial Intelligence Foundation. Cette ONG est un espace dédié à l'échange des dernières technologies en matière de renseignement geospatial. Celui-ci étudie les bases de données d'imagerie et d'informations comme celles récoltées par les drones. 
     
  • Un environnement toxique pour les espions : Dawn Meyerriecks a souligné qu'à l'ère du tracking numérique, les difficultés augmentent : les intelligences artificielles prennent une importance croissante dans la traque des agents de renseignement. 

 

POURQUOI C'EST IMPORTANT : 
Parce que l'IA est une arme redoutable pour rassembler des informations sur les espions et qu'elle est de plus en plus utilisée par les services de renseignement du monde entier. Et elle permet aussi de remplacer une part croissante du travail effectué par les agents.  

 

VERS LES MACHINES : UNE INITIATIVE DE LONGUE DATE
Lorsque l'on se replonge dans l'histoire de la CIA, on constate que la transition des espions humains vers les machines a eu lieu dès 1984. Des documents du gouvernement américain témoignent de la formation du "AI Steering Group" : celui-ci a commencé à étudier les avancées en matière d'IA dès 1983. 

Voici un exemple de rapport remonté à la direction de l'agence :  

   Un document déclassé du AI Steering Group de 1984 (Cédit : US Navy/CIA). 

Un document déclassé du AI Steering Group de 1984 (Cédit : US Navy/CIA). 

C'est en 1956, sur le campus de l'université américaine de Dartmouth, que l'IA devint officiellement une discipline scientifique. Celle-ci a longtemps eu du mal à décoller, pour finalement faire naitre les énormes progrès des dix dernières années. La CIA, elle, s'est intéressée relativement tôt aux différents domaines qu'elle recouvre, comme les réseaux de neurones ou le machine learning. 

Dans les rapports du Steering Group, la CIA prônait déjà le soutien aux chercheurs spécialisés et au développement de l'IA dans les milieux professionnels. Elle souhaitait aussi que soit établie une base de connaissances ouverte sur l'IA, accessibles à toutes les agences, pour d'étudier son potentiel pour le renseignement. 

 

AUJOURD'HUI, LA CIA CHANGE DE LOGICIEL
Les agences de renseignement sont aussi confrontées à la gestion d'un énorme volume de données qu'elles récupèrent sur le terrain. Souffrant d'une infrastructure vieillissante, la CIA a créé en 2015 un "Comité pour l'innovation digitale" destiné à accélérer la diffusion des nouvelles technologies en son sein. 

Pour faire face à ces nouveaux challenges, la CIA s'emploie à changer son infrastructure. Voici quelques exemples :  

  • Un cloud pour tous : en 2014, la CIA a signé un contrat de 600 millions de dollars avec Amazon Web Services pour avoir accès à un "App store de logiciels spécialisés" dans le cloud. Les applications sont destinées aux 17 agences américaines du renseignement qui forment l'Intelligence Community. 
     
  • Le hub Big Data dans le nuage : en 2015, la CIA a annoncé qu'elle utiliserait les services cloud proposés par Cloudera, une start-up de la Silicon Valley, pour concentrer ses activités de Big Data. Les analystes auront alors accès à des jeux de données et des services pour les analyser. 
     
  • Un cloud personnalisé : fin 2017, Amazon a même lancé Secret Region, un service cloud exclusivement dédié à la CIA. Il permettra par exemple d'adapter les niveaux de sécurité des données sur des serveurs en fonction de leur sensibilité. 

 

DEMAIN, DES IA PARTIRONT EN MISSION SECRÈTE
L'IA est une composante clé de cette grande transformation : elle va permettre de réduire la surveillance physique de cibles et de tirer des informations essentielles de grands jeux de données. 

Faire face à la surveillance de masse : 
L'habilité des espions à mentir ou à fournir des faux documents pour rester invisibles ne va probablement plus suffire : ils se battent désormais contre des ordinateurs. Et, comme l'a souligné Dawn Meyerriecks, il est compliqué de garder une couverture quand des caméras chinoises extrêmement performantes peuvent reconnaître votre visage dans une foule. 

Selon Meyerricks, 30 pays peuvent déjà opérer cette reconnaissance faciale grâce à des caméras CCTV. Et le tracking via les réseaux sociaux ou autres gadgets, comme le récent scandale des données militaires révélées par l'app de fitness Strava, obligent à repenser le travail des agents. 

Organiser la contre-attaque : 
Du coup, la CIA mène en ce moment 140 projets internes impliquant l'utilisation d'intelligence artificielle. On y trouve par exemple la construction d'un mapping des caméras dans une grande capitale, grâce à des images aériennes non confidentielles et des images des rues. Et c'est l'apprentissage machine qui permet de reconnaitre la position des différentes caméras et donc d'informer les agents pour échapper à la surveillance. 

Cela implique deux choses : la CIA doit développer des technologies capables de "tromper" les IA adverses, mais aussi organiser le remplacement d'un nombre croissant de tâches qui peuvent désormais être exécutées par des IA plutôt que des humains. De quoi ouvrir une toute nouvelle ère pour l'espionnage.