LA FRANCE, TERRE D'ACCUEIL POUR FAIRE DU CIEL UN ESPACE HARMONIEUX

Objectif ultime : éviter toute sorte de collisions dans le ciel. 

ICO, intelligence artificielle... La France veut attirer sur tous les fronts. Et il semblerait qu'elle se soit encore trouvée un nouveau rôle : celui de devenir le hub pour la régulation du trafic aérien, en particulier concernant les drones. 

Deux petits faits passés inaperçus suggèrent cette tendance : 

  • Amazon à Paris : mi-2017, la firme de Jeff Bezos a formé une équipe installée en banlieue parisienne, et dédiée à la gestion d'une flotte de drones de livraison de colis. Sa principale préoccupation serait d'ailleurs d'éviter les oies dans le ciel. 
     
  • La NASA à Toulouse : l'agence spatiale américaine se serait installée près du siège d'Airbus et travaillerait avec le phénomène du drone français Delair-Tech pour tester son logiciel de gestion de trafic. 

 

POURQUOI C'EST IMPORTANT : 
Le développement des drones est croissant. Les logiciels de gestion du trafic aérien sont donc essentiels pour convaincre les régulateurs. Ils doivent montrer que ces appareils peuvent coexister avec les autres objets volants tout en garantissant la sécurité de l'espace aérien.  
 

QUEL EST LE PROBLÈME ?
Pour comprendre l'enjeu de la régulation des drones, disséquons le problème en deux phénomènes : 

1/ L'essor des UAV 
L'utilisation des premiers UAV, pour Unmanned Aerial Vehicle, remonte à 1918, à la fin de la Première Guerre mondiale, et ils étaient à usage militaire - comme le Kettering Bug, cette torpille aérienne américaine. 

   Le Kettering Bug lors de ses premiers tests aux Etats-Unis (1918) 

Le Kettering Bug lors de ses premiers tests aux Etats-Unis (1918) 

Depuis, avec le développement des technologies d'automatique et de systèmes d'information et de communication, les drones sont partout, surtout connus sous la forme de "gadgets" ou d'armes redoutables. Mais ce sont les drones à usage commercial qui représentent la part du marché en plus forte croissance : ils devraient y en avoir 805 000 produits d'ici 2021, contre 150 000 en 2017.  

Les usages des drones commerciaux sont extrêmement variés : pour l'agriculture, ils peuvent par exemple modéliser les sols en 3D et donc aider aux prévisions des semences à apporter à la terre qui sera cultivée. 

   La répartition de la valeur du marché des drones commerciaux par industries

La répartition de la valeur du marché des drones commerciaux par industries

2/ Un ciel déjà surchargé 
En 2017, 36,8 millions d'avions ont volé. Avec ces nouveaux venus, il va bien falloir réorganiser notre espace aérien. "Coordonner le trafic entre les drones et les avions est le but final qui mobilise toutes les parties prenantes. Nous sommes pour le moment au niveau 0" affirme le CEO de Delair-Tech. 

ALORS, COMMENT ON FAIT ? 
Regardons déjà comment fonctionne notre espace aérien : 

  • Les zones non-controlées : c'est un espace dans lequel toute manoeuvre d'aéronef est libre tant qu'elles respectent la hauteur de survol du sol et des habitations. 
     
  • Les zones contrôlées : Toute manoeuvre d'aéronef est soumis ici à une clairance, c'est à dire une autorisation de manoeuvrer délivrée par un organisme de contrôle de la circulation aérienne. Chaque responsable de zone est responsable de ce qui s'y passe

Pour faire prospérer les futures applications commerciales des drones, les acteurs privés ont donc décidé de développer des systèmes beaucoup plus avancés d'UTM (Unmanned Aircraft System Traffic Management). Ils agrègeront des données en temps réel comme le trafic aérien, les conditions climatiques, le droit ou non de faire voler un drone... pour aboutir à un système automatisé de gestion de flotte. 

Le résultat : Amazon et Google travaillent par exemple conjointement avec la NASA sur leurs propres systèmes. Celui d'Amazon inclura des cartes détaillées en temps réel (oiseaux, grues...) grâce à aux capteurs des drones, et toutes les informations sur les dangers connus (grattes-ciel, terrain surélevé...) seront rassemblées dans un logiciel mis à disposition d'autres acteurs. 

LE CHOIX DE LA FRANCE
Les problématiques de gestion du trafic aérien sont intimement liées aux instances de régulation. La France a été l'un des premiers pays à réguler l'usage des drones commerciaux en 2012. Aux États-Unis, la Federal Aviation Administration ne l'a finalisé qu'en 2016. La loi française est par exemple plus permissive pour les vols hors de la vue humaine. 

Et les acteurs français soutiennent l'industrie florissante : en 2016, Delair-Tech a finalisé une levée de fonds de $14,5 millions avec Andromède, fonds appartenant à la famille Hériard Dubreuil, propriétaire du groupe de spiritueux Rémy Cointreau. 

Évidemment, la difficulté va être de définir une norme mondiale. Tous les acteurs européens de la filière se sont d'ailleurs réunis en janvier dernier au siège de la Direction Générale de l'Aviation Civile pour faire voter une législation européenne en 2019. Et comme pour les voitures autonomes, les questions éthiques sont nombreuses. À nous d'y répondre. 

Up in the Air - Animals in the Attic (2018)