L'INTELLIGENCE ARTIFICIELLE S'IMMISCE DANS LES NEWS CHINOISES

Intelligence artificielle et journalisme feraient-ils bon ménage ? Difficile à dire, mais la piste semble valoir le coup. Pour rappel, le célèbre Washington Post a avoué qu'une IA, un robot-reporter nommé Heliograph, avait publié 850 articles à lui seul l'année dernière. 

Mais l'IA ne serait pas seulement efficace pour la publication de contenus. L’agence de presse chinoise Xinhua - « Chine nouvelle », la plus grande et plus ancienne agence de presse du pays - va mettre l’accent sur l’intelligence artificielle pour améliorer la qualité de son travail. Dans un clip digne du générique de la série Person of Interest, l’entreprise rapporte les mots de son président Cai Mingzhao : selon lui, il s’agit de lancer un « nouveau type de newsroom, reposant sur les technologies de l’information et fonctionnant grâce à la collaboration homme-machine ».

Le tout pour atteindre une meilleure efficacité journalistique : trouver des sources, rédiger des articles, éditer, publier... et aussi, potentiellement, lutter contre les fake news.  

C’est un symptôme d’une tendance de fond : toutes les grandes entreprises de l’Empire du Milieu investissent dans l’intelligence artificielle. Et le gouvernement les y pousse, car il souhaite devenir leader du secteur à l'échelle mondiale.

La Chine place ses pions   
Le message est clair : la Chine investit lourdement dans l’intelligence artificielle. Le but ? Devenir leader d’ici 2030. En juillet 2017, son gouvernement a dévoilé un plan de développement dédié. L'ambition est de créer une industrie de l’IA qui vale au moins un billion de yuan - 1,5 milliards de dollars. Baidu, Alibaba, Tencent, Huawei... Toutes les grandes entreprises tech investissent dans le domaine. Et au tout début de l’année 2018, c’est la construction d’un grand parc technologique centré sur l'IA qui a été dévoilée. Pour 2,1 millions de dollars, le campus aux 400 entreprises s’étendra sur 55 hectares dans la banlieue ouest de Pékin.

Evidemment, les opportunités de business n’ont pas échappé aux grands de la Silicon Valley. Mais si ceux-ci s’implantent dans le pays, c’est aussi pour profiter de l’expertise déjà reconnue des ingénieurs chinois. Et ces derniers ont un atout de taille : leurs salaires sont moins chers que ceux de leurs homologues américains. 

Du coup Google a fait le calcul, et, convaincu - c’était vite vu -, vient d’ouvrir un centre de recherche en intelligence artificielle à Pékin. Microsoft, lui, a choisi Taiwan : l’entreprise a annoncé un investissement de 33 millions de dollars dans la création d’un pôle dédié au sujet. Quant à Emmanuel Macron, il a signé pour l'ouverture d'un fond d’investissement franco-chinois d’un milliard d’euros dédié à l'IA lors de sa visite du pays, la semaine dernière. 

IA pour Information Artificielle
Le 26 décembre 2017, déjà, le président de l’agence Chine Nouvelle dévoilait le «  cerveau média » de son entreprise, une plateforme permettant de réunir cloud, Internet des Objets, Big Data et intelligence artificielle au service de l’information. L’ambition affichée : devenir une newsroom à la pointe du « journalisme moderne ». 

Il est vrai que dans le secteur de l’information aussi, l’IA est vectrice d’espoirs et de hantises. Pour certain, il vaut mieux l’oublier tout de suite : elle n’est bonne qu’à accroître notre incapacité à discerner le vrai du faux. Rendez-vous compte, il existe déjà un outil pour faire dire tout et n’importe quoi à une personnalité. Pourquoi ne pas le couronner tout de suite roi des fake news ? Pour d’autres, au contraire, l’interaction homme-machine permettra de mieux faire le tri parmi les contenus partagés sur le web. Aux Etats-Unis, c’est la logique adoptée par l’organisation Internet Archive - celle-ci compte bien mettre l’IA à profit pour fact-checker plus efficacement les sorties de Donald Trump. 

Que l’agence Chine Nouvelle s’intéresse à ce pan des recherches informatiques n’est donc pas totalement étonnant. Mais quand on se rappelle qu’en 2005, Reporters Sans Frontières la qualifiait de « plus grande agence de propagande au monde », et que la ligne du gouvernement n'a pas foncièrement changé depuis, on peut se demander à quelles fins ces avancées technologiques seront exactement utilisées. Car si on doit inventer des bots luttant contre les bots de propagande, on n'est pas sorti de l'auberge. 


 

Saturday Night, Sunday Morning - Thelma Houston (1979)