LES ROBOTS SONT MAINTENANT CAPABLES DE MONTER UN MEUBLE IKEA

C'est une nouvelle démonstration de l'urgence qu'il y a à réfléchir à la société robotisée. 

Il existe désormais un robot capable de monter un meuble IKEA en moins de dix minutes. C’est le résultat exposé par une équipe de chercheurs de la Nanyang Technological University de Singapour, et visible dans cette vidéo

À quoi il ressemble : Le robot comporte deux bras mécaniques équipés de caméras 3D et de capteurs en guise d'yeux, et de pinces en guise de mains.

Ses talents de bricoleurs : La machine a construit une chaise « Stefan » Ikea en 20 minutes et 19 secondes. Et attention, dans ce laps de temps, on compte les 11 minutes et 21 secondes qu’il a passées à étudier le problème. Des humains s'y sont aussi essayés : ils n'ont mis que 50 secondes de moins à construire le même meuble.

POURQUOI C'EST IMPORTANT : 
Parce que quiconque déjà voulu monter un meuble Ikea sait que donner ce niveau de dextérité à un robot relève du progrès spectaculaire. Et qu’à l’heure où l'on se demande dans quelle mesure les robots vont remplacer les humains, cela nous oblige à penser leur statut juridique

UNE PETITE FRAYEUR ROBOTIQUE
Si un robot parvient aussi facilement réaliser cette tâche commune, que restera-t-il de nos emplois ? La question est légitime. Car l’équipe de chercheurs à l’origine de ce récent succès envisage deux choses : 

#1 Améliorer les capacités d’intelligence artificielle du robot : à terme, il pourrait apprendre à partir d’une démonstration faite par un humain, ou qu'il devienne capable de « lire » le manuel d’instructions puis de comparer le résultat final à l’image présentée en exemple.

#2 Adapter le robot pour différentes industries : l’équipe travaille déjà avec des entreprises automobiles et aéronautiques.

Dans ces cas-là, les peurs suscitées par l’IA et la robotique s’expriment au moins sur deux plans : 

L’individuel, qui s’inquiète de voir les robots nous dominer, comme s’ils étaient conscients et animés de volonté.

Le social, qui soupçonne que les machines remplaceront énormément d’emplois en très peu de temps, sans voir d’évolution de notre conception du travail pour autant. Selon les chiffres, les robots vont remplacer entre 10 à 47 % des postes selon les sources.

   Entre 75 et 375 millions d'emplois sont susceptibles de disparaître, soit, par exemple, 13% des travailleurs chinois (estimation haute)

Entre 75 et 375 millions d'emplois sont susceptibles de disparaître, soit, par exemple, 13% des travailleurs chinois (estimation haute)

TEMPORISER POUR MIEUX PENSER
Avant de poursuivre, déminons la première peur exposée plus haut :

Comme le « père » de l’IA moderne et directeur du département FAIR de Facebook Yann LeCun le répète : « une intelligence artificielle a moins de bon sens qu’un rat » et n’en développera pas avant longtemps.

Les machines restent des outils destinés à nous aider dans nos tâches, et si elles font des progrès fantastiques dans la reconnaissance d’images ou le jeu de go, elles restent spécialisées dans des domaines extrêmement pointus. Elles n’ont donc ni l’adaptabilité, ni la créativité, ni même la capacité d’apprendre par intuition.  

La seconde peur est plus complexe à désamorcer. La rapidité à laquelle ces machines se développent n’est pas à démentir, mais elle n’est pas nécessairement négative non plus. En revanche, elle oblige à aborder des sujets qui forcent le débat : Comment repenser le travail pour accompagner le remplacement d’emplois par les machines ?

   Les robots, toujours plus nombreux dans l'industrie mondiale

Les robots, toujours plus nombreux dans l'industrie mondiale

OUI MAIS... C'EST PAS SI SIMPLE
En février 2017, les députés européens ont adopté une résolutiondemandant à ce que la Commission Européenne fixe un cadre autour des domaines de la robotique et de l’intelligence artificielle.

Il en a résulté une lettre ouverte signée par plus de 200 experts du monde de l’IA. Ceux-ci se sont exprimé contre la volonté de doter les machines d’une personnalité juridiques. Voici les arguments principaux : 

  • Elles ne sont que des outils : elles ne peuvent posséder les mêmes droits que les humains - donc être considérées comme personnes physiques. 
     
  • Elles sont destinées à être produites en masse : on ne peut les doter non plus d’une personnalité « morale » (comme pour les entreprises), puisque cela implique qu’il y ait toujours une ou des personnes physiques pour la représenter.  


Il y a donc un vrai besoin d’établir des règles : qui doit être responsable si le robot bricoleur se met à agresser son superviseur humain ou si le meuble qu'il construit est défaillant et blesse un humain ? Le constructeur, l’opérateur, l’entreprise qui l’a acheté ? 

Bref, il va falloir inventer une nouvelle catégorie juridique pour que ce robot-bricoleur dispose d’une place reconnue dans la société que nous construisons. En tout cas, ça vaut le coup d'y penser. 

-- Quantic & Nidia Gongora - Que me duele ? (2017)