LES ÉTATS-UNIS DÉPLOIENT LA RECONNAISSANCE FACIALE À LA FRONTIÈRE MEXICAINE

Big Brother version US : des caméras vont enregistrer les visages des personnes qui entrent et sortent du territoire. 

Apparemment, la Chine n'est pas la seule championne de la surveillance de masse. À partir de cet été, le bureau des douanes américaines, le Customs and Border Protection (CBP), testera un système de reconnaissance faciale à la frontière avec le Mexique. 

QUOI ?!
Oui, le Vehicle Face System (VFS) va scanner les visages de toutes les personnes à bord de leurs véhicules qui entrent et sortent du territoire. 

QUAND ? 
Le premier VFS doit être lancé pour un an à partir du mois d’août à Anzalduas, à la pointe la plus au sud du Texas. Pour fonctionner, il se basera sur les données récupérées lors de test menés au Texas et en Arizona depuis le début de l’année. 

POURQUOI C'EST IMPORTANT : 
Parce que l’adoption d’un tel système démontre les progrès en termes de reconnaissance faciale. Mais qu'elle soulève de sérieux doutes en matière de libertés

 

TENDRE VERS L'OMNISCIENCE...
Cela fait plusieurs années que les douanes américaines redoublent d’effort pour automatiser leur travail grâce aux nouvelles technologies. 

Panorama des méthodes en place : 

  • Vérification des réseaux sociaux : depuis 2016, les personnes entrant sur le territoire sont invitées - mais pas obligées - à renseigner les identifiants Facebook, Youtube, et une douzaine d'autres réseaux. 
     
  • Surveillance accrue des téléphones et outils numériques : le nombre de personnes soumises à une surveillance poussée - et notamment forcées à donner leur code PIN - est passé de 5 000 en 2015 à 25 000 en 2016
     
  • Drones de surveillance : la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis est aussi surveillée par le drone Predator B. Celui-ci enregistre des vidéos en haute résolution qui permettent des analyses a posteriori.

D'ailleurs, si on résume les technologies de surveillance en place sur une partie de la frontière avec le Mexique, ça donne ça : 

   En 2013, la technologie des douanes prenait déjà le pas sur les méthodes traditionnelles.

En 2013, la technologie des douanes prenait déjà le pas sur les méthodes traditionnelles.

Avec les innovations actuelles, il serait en fait plus plausible d'ériger un mur numérique plutôt que le mur réel voulu par Trump...

AVEC UNE NOUVELLE ARME REDOUTABLE
Le Vehicle Face System s'inscrit dans la stratégie d’efficacité déployée depuis plusieurs années par la CBP. Celle-ci vise à vérifier physiquement qui sont les détenteurs de visas qui entrent et sortent du pays, pour les comparer plus rapidement aux documents déjà détenus par le gouvernement.

Comment ça marche : Le VFS est basé sur une technologie plénoptique : un même capteur peut réaliser plusieurs images sous des angles légèrement différents. Cela résout le problème de beaucoup de caméras 3D, incapables de reconstituer les images prises derrière des surfaces réfléchissantes comme le verre d'un pare-brise.

   Avec sa multitude de micro-objectifs, la lentille plénoptique enregistre plus d'informations sur l'image qu'une lentille  traditionnelle.   (sources  1  et  2 ) 

Avec sa multitude de micro-objectifs, la lentille plénoptique enregistre plus d'informations sur l'image qu'une lentilletraditionnelle.
(sources 1 et 2

À cette prouesse s'ajoute l'apprentissage profond : plus le système fonctionne, plus il est efficace. Les autorités ont donc entraîné les caméras avant leur utilisation. Celles-ci ont réussi à scanner jusqu'à 1400 véhicules en trois jours.

Bel effort... sauf si l'on considère que ces exercices ont été menés en secret, sans prévenir les personnes qui ont traversé la frontière. 

TOI, TU RENTRES PAS
Certes, la reconnaissance faciale commence à se répandre dans les aéroports, au Canadaà Dubaï, et même bientôt à Roissy. Mais dans chacun de ces cas, c'est une option proposée à ceux qui acceptent de fournir leurs données biométriques. 

Le VFC, lui, soulève de sérieuses inquiétudes en matière de libertés : 

#1 Ce type de technologie est dénoncé comme violemment invasif : les personnes scannées n'ont pas forcément conscience de l'avoir été, n'ont aucun recours, et pourtant leur image ira alimenter les bases de données de la CBP.

#2 Plusieurs études ont démontré que les technologies de reconnaissance faciale sont biaisées. Celles-ci étant basées sur de l'intelligence artificielle, elles sont aussi soumises aux travers que l'on vous exposait ici. Leur taux d'erreur est d'ailleurs plus élevé lorsqu’il s'agit de reconnaître des personnes de couleur. 

Certains considèrent même que cette mesure a été prise à dessein, pour surveiller une frange précise de la population. Dans un contexte de raidissement politique autour des sujets d'immigration, que l'un des pays traditionnellement emblématique des démocraties modernes l'adopte pose effectivement question. 

Cela dit, notez bien que la Chine utilise déjà des technologies américaines dans ses opérations de surveillance...

 

Doin' Time - Taken By Tree (2018)