Un méga projet d'éolienne au Maroc veut boucher le trou énergétique du Bitcoin

Depuis son record culminant à $19000 fin 2017, le prix du Bitcoin stage à environ $6000 depuis quelques mois. Son coût énergétique, lui, ne cesse d'augmenter : son mode de fonctionnement le rend extrêmement dépensier en énergie électrique ne provenant pas de sources renouvelables.  

L’entreprise américaine Soluna, spécialisée dans la production d’énergies propres, affirme que son nouveau business model pourrait aider à résoudre le problème. 

Comment ? En développant un immense parc d’éoliennes à Dakhla au Maroc à partir duquel fournir de l’électricité pour les cryptomonnaies d’une part, et pour le réseau électrique environnant d’autre part. 

Selon son fondateur, Soluna permettrait ainsi de transformer une technologie très polluante en outil de démocratisation des énergies vertes.

POURQUOI C'EST IMPORTANT : 
Parce qu'à l'heure où l'on réalise l'impact des technologies sur l'environnement, celui des cryptomonnaies est particulièrement important. Mais que plusieurs manières de traiter le problème émergent.

VERY DEMANDING "PROOF OF WORK"
Comme vous le savez, le Bitcoin repose sur une blockchain. Il fonctionne grâce aux mineurs, des personnes qui fournissent des « preuves de travail » (Proof of Work, PoW) pour valider chaque bloc de transactions. Et ce système représente un véritable siphon énergétique :

#1 Pour chaque validation de blocs, un maximum de mineurs essaie de résoudre un même problème mathématique. Pour cela, il utilise la force de calcul de serveurs - qui croît à mesure que le nombre de transactions augmente, raison pour laquelle il existe aujourd’hui des data center entiers dédiés au minage de cryptomonnaies.

#2 Le premier qui trouve la solution certifie le bloc et reçoit quelques bitcoins (par exemple) en récompense. L’énergie utilisée dans leurs calculs n’a donc été utilisée pour rien d’autre que pour entretenir ce système de compétition. 

En jaune, les pays qui consomment      moins d'électricité      que...le Bitcoin.

En jaune, les pays qui consomment moins d'électricité que...le Bitcoin.

Avec le succès croissant de la monnaie, la dépense en énergie de la vérification d’un seul bloc égalait déjà celui de 8 foyers américains il y a 6 mois. 

C'EST LÀ QUE SOLUNA ENTRE EN SCÈNE
L’entreprise intègre le développement d’une ferme d’éoliennes au minage de cryptomonnaies et présente une possible solution pour une gestion plus écologique des dépenses énergétiques de la blockchain. Voici comment :  

  • Le minage n’est rentable que tant que son coût énergétique est inférieur à la valeur des bitcoins gagnés à chaque validation de bloc. C’est pourquoi énormément de fermes de minage sont implantées en Chine, où l’électricité est très peu chère - mais où elle est produite au charbon.

  • Soluna prévoit de produire 900 000 mégawatts d’électricité verte sur un terrain de plus de 18 000 hectares au Maroc, à un prix aussi bas qu’en Chine. Elle sera directement reroutée vers un centre de minage de cryptomonnaies. 

Pour les fondateurs de Soluna, la blockchain n’en est qu’à ses débuts. Ils réfléchissent donc à des manières de l’utiliser de façon écologique, pour rendre ensuite leur expérience marocaine reproductible partout dans le monde… voire s’en servir pour promouvoir les énergies renouvelables.

BATTLE : PoW vs PoS 
Heureusement, plus les dépenses énergétiques des blockchains augmentent, plus les réflexions sur de nouvelles méthodes avancent. 

#1 Le design des blockchains : Beaucoup se tournent ainsi vers une autre méthode de vérification, le Proof of Stake. Dans ce cas, on attribue le rôle de vérificateur des blocs à un validateur choisi selon le nombre de tokens de cryptomonnaie qu’il met en jeu. 

Comme une seule personne vérifie, la dépense énergétique est singulièrement plus basse. La plateforme Ethereum a d'ailleurs choisi de passer à cette méthode. Une autre possibilité est celle du Lightning Network, qui vise à alléger le nombre de transactions passées sur un même réseau. 

#2 Le design du matériel : pour respecter l’environnement, une start-up belge a développé sa propre cryptomonnaie, qu’elle alimente à partir des excédents d’énergie de panneaux photovaltaïques. Quant au MoonLite Project, il envisage de construire des data centers 100% renouvelables dédiés au minage, et d’implanter le premier en Islande.  

Les cryptomonnaies sont là pour durer. On verra alors si ce type de projet permet de faire la promotion de ces consommations écologiques, à l’heure où le Bitcoin consomme à peu près autant d’électricité que l’Irlande tout entière. 

  NOW PLAYING...  My man - Cruisin' Gang (1983). Pour commencer la semaine sur des ressorts.